Auteur : Poppy Z. Brite

Tags: fantastique, homophobie, racisme, religion

Année:    Type:    LGBT:

Note :

Description

Jusqu’ici, Poppy était considérée comme l’icône d’une littérature glam-trash gothique, placée sous le patronnage sexe, drogue et rock’n’roll. Toujours aux environs de la Nouvelle-Orléans, son univers bariolé mettait en scène tour à tour des vampires, des serial killers et presque systématiquement des personnages gays.
A travers ses nouvelles et ses romans passés, elle avait provoqué de violentes polémiques, certains trouvant ses oeuvres trop extrêmes, et/ou trop racoleuses.
Elle avait cependant un bon nombre de défenseurs, qui reconnaissaient les justes qualités de son oeuvre, que nous apprécions et défendions sur le site.
Quand elle a publié son dernier roman en date, en fait plutôt une novella, Poppy semblait se lancer dans un virage à 180°.
Finis la violence et la drogue à outrance, le sm trash et le fantastique gore. Demi-réussite, ce roman-chrysalide laissait présager la naissance d’une nouvelle Poppy.
Toujours portée sur l’homosexualité, elle apparaissait ici plus sensible, plus introspective aussi.
« Petite cuisine du diable », son nouveau recueil de nouvelles, marque de façon nette ce basculement a priori irrémédiable.
Que ses fans se rassurent, nouvelle orientation ne veut pas dire perte de talent. Bien au contraire. On y retrouve, bien sûr la Nouvelle-Orléans, et son quartier gay.
Mais dépouillé des oripeaux du vampirisme, des tueurs en série impitoyables, et de toute sa faune gothique.
Petite cuisine… s’ouvre sur une préface qui explique la genèse de ce recueil, véritable clé de voûte de la mutation de l’auteur.
Avant de parler des textes, où l’homosexualité est comme toujours centrale, je voudrais dire que ce recueil est tout simplement ce que Poppy a écrit de meilleur. Différent, plus sensible et introspectif, ce recueil annonce une nouvelle Poppy, enfin arrivée à sa nouvelle maturité.
Bien sûr, l’ancienne Poppy est là qui rode encore, en particulier dans « Le diable par la queue », où Jay, l’un des personnages du « Corps exquis », fait une brève apparition, on pourrait même parler de figuration, tant son apparition est fugace.
Si la plupart des textes tournent autour de l’homosexualité, ou comportent des personnages homosexuels, certains n’en parlent pas.
Heureusement, ce sont souvent les meilleurs qui parlent d’homosexualité, sujet que Poppy maîtrise ici à merveille, comme jamais.
Tout commence avec le superbe « Rien de lui ne s’étiole », titre magnifique pour texte sublime, sur l’amour de deux êtres condamnés, qui sauront transcender la mort par l’amour. D’une rare sensibilité, ce texte est l’un des plus beaux jamais écrits sur l’homosexualité. Rien de fantastique au sens littéraire, non. Mais une incroyable acuité à sonder l’âme et le corps de ses personnages.
« Pansu » est une amusante variation autour de la possession démoniaque, où la femme d’un restaurateur se met à faire des propositions scabreuses à un couple gay. On découvre vite qu’elle est envoûtée, reste alors à l’exorciser, mais comment ?
La sensibilité est à nouveau à l’honneur, quoique marginalement, avec « Tout feu tout flammes », histoire d’une mutante écrite en hommage à la BD Hellboy. La marginalité d’une mutante trouve un écho avec le racisme et l’homophobie.
« Bayou de la mère », situé en pleine Louisianne, met en scène un couple de restaurateurs partis faire un voyage touristique. La religion et la culpabilité dont elle sait accabler la sexualité en général et l’homosexualité en particulier sont les thèmes majeurs de ce texte au fantastique diffus, dont on retrouvera les personnages dans le plus beau texte de ce recueil, « Une saison d’enfer ».
Ce texte se passe dans le restaurant des deux protagonistes du « Bayou de la mère ».
Il mettra un jeune face à sa conscience, face à la conscience de son homosexualité. Thème souvent douloureux, traité ici avec une brillante maestria, et l’on a vraiment peine à croire qu’il ne peut être autobiographique, tellement son ton est incroyablement juste. C’est simple, ce texte devrait être obligatoire, car jamais on n’a su, dans l’imaginaire, traiter la prise de conscience de son identité sexuelle avec une telle sensibilité, mais surtout une telle justesse.
On devrait d’ailleurs retrouver ces personnages dans le prochain roman de la nouvelle Poppy, « Liquor ».
Donc, autant le dire, ce roman s’annonce grandiose, tout simplement.

Nous défendions Poppy, nous continuerons à la défendre. Elle peut changer de style, peu nous importe, car elle reste une figure talentueuse et incontournable.

Ame gay dans un corps de femme, comme elle aime à se définir, elle signe avec ce recueil une brillante introspection dans l’âme gay, avec une sensibilité et une maîtrise nouvelles, qui font de ce recueil un superbe cadeau de noël, à offrir avec les superbes « Forêts secrètes » de F. Berthelot, l’autre grand de l’imaginaire gay. Deux beaux livres à offrir et à s’offrir pour que Noël soit vraiment joyeux.

Olivier

Petite cuisine du Diable

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Légende (librement inspiré de Homolibris) :
Nous avons aimé un peu, beaucoup, passionément, à la folie, encore plus que ça....

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H
HH

l'homosexualité est anecdotique (un personnage, une situation, une réflexion, etc.),
l'homosexualité est un des thèmes principaux,
l'homosexualité est LE thème principal,