Homosexualité
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Histoire de l'homosexualité dans la Science-Fiction

"Si l’homosexualité recevait même en théorie, un semblant d’approbation, si on lui permettait de sortir, ne fût-ce que partiellement du cadre de la pathologie, on arriverait vite à l’abolition du couple hétérosexuel et de la famille, qui sont les bases de la société occidentale dans laquelle nous vivons."
Dr. André Morali-Daninos, Sociologie des relations sexuelles (1963-1968) 

N.B. : toutes les références titres cités sont indiquées dans la bibliographie, par ordre alphabétique d'auteur.

Qu'elle y soit simplement évoquée, ou qu'elle constitue la colonne vertébrale du texte, l'homosexualité n'a presque jamais été décriée en SF, qui est certainement l'une des littératures les plus tolérantes, même si elle se limite surtout à l'homosexualité masculine (il est vrai que la SF est encore une littérature très masculine).

Assez curieusement par contre, seules les SF anglophones et francophones semblent avoir évoqué le sujet.
Si l'on trouve des auteurs homos ou bisexuels, ils ne sont ni les premiers, ni les seuls à avoir abordé le sujet.

L'homosexualité va d'ailleurs trouver petit à petit sa place en SF, car des romans ou des nouvelles traitant du sujet recevront les deux grands prix annuels, que sont les Hugo (après délibérations des fans de SF réunis en convention) ou des Nebula (remis par l'association des auteurs de science-fiction).

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Le premier à aborder le sujet fut un hétéro, Theodore Sturgeon, l'un des auteurs majeurs de la SF.
 Auteur sensible, ses personnages sont souvent des marginaux, rejetés par une société qui ne peut les accepter. Aussi, n'est-ce guère étonnant qu'il aborde ce sujet et brise le tabou dès les années 50.
 Cette période correspond en science-fiction à ce que l'on appelle l'âge d'or, marqué par la férule de John Campbell. La SF de l'âge d'or a la tête tournée vers les étoiles et rêve de fusées, de voyages et de batailles interstellaire, sur un fonds scientifique crédible.
 Les auteurs phares se nomment Asimov, Heinlein, Clarke.
 Sturgeon
fait un peu figure de marginal, lui qui centre ses histoires sur la psychologie de l'individu et la question de la différence, est bien loin des préoccupations de l'époque.
 En 1952, il tente de faire publier sa nouvelle Monde interdit.
Refusé par toutes les grandes revues de l'époque, elle ne sera publiée que pour un prix dérisoire, dans une revue mineure, Universe. En pleine guerre froide, dans une Amérique ségrégationniste qui, de Truman à Eisenhower, encense la virilité militaire et la natalité, Sturgeon fait figure d'histrion. Bien sûr, plus d'un demi-siècle après, cette nouvelle ne ferait plus rougir personne, mais elle reste le témoignage du courage et de la sensibilité d'un auteur exceptionnel.

 

La question homosexuelle va alors disparaître de l'âge d'or, pour revenir ensuite avec une nouvelle génération d'écrivains, bien décidés à en finir avec la SF à papa et ses fusées.

 

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Les années 60 furent exceptionnelles à presque tous les points de vue, en particulier dans le domaine des mœurs.
 En SF, c'est aussi l'apparition d'une nouvelle génération d'auteurs américains et anglais, qui graviteront autour de la revue anglaise New worlds, dirigé par Michael Moorcock.
 La new wave s'intéresse surtout à l'individu, à ses paysages intérieurs. Elle va jusqu'à récuser le mot science-fiction au profit de speculative fiction, et met en avant la sexualité, adopte parfois un langage ordurier, et choque tous les tenants, en général plutôt conservateurs, de l'âge d'or.
 Gourou de ce renouveau, Michael Moorcock, est un écrivain professionnel. Tirant sans arrêt le diable par la queue, il a déclenché un scandale lors d'une vente aux enchères. Les fans s'y disputaient allègrement le numéro d'une revue de l'âge d'or, et, bluffant tout le monde par une surenchère qui le mettait encore une fois sur la paille, Moorcock l'emporte. Montant sur l'estrade pour acquérir son bien chèrement acquis, il scandalise l'assistance en déchirant hargneusement la revue, proclamant qu'il ne veut plus de cette SF là. Ce n'était là qu'un petit scandale, comparé à celui qu'il s'apprêtait à commettre avec une novella (texte dont la longueur se situe à mi-chemin du roman et de la nouvelle) puis un roman : Voici l'homme.
 Publiée en 1967, cette novella lui vaudra la distinction de ses pairs, qui lui attribueront le Nebula.
 Profitant du vent de libéralisation du concile Vatican II, initié par Jean XXIII, qui exonéra les Juifs de toute responsabilité dans la mort de Jésus Christ, Moorcock va carrément mettre les pieds dans le bénitier.
 Voici l'homme
met en scène un homosexuel juif, névrosé par son homosexualité, Karl Glogauer. Il décide alors de remonter le temps pour assister en direct à la crucifixion de Jésus.

Une fois sur place, il n'est pas au bout de ses surprises, car personne ne connaît Jésus.
 Mais il finira par découvrir le pot aux roses : Jésus n'est qu'un mongolien, né de l'accouplement de Marie (plus très vierge) avec un démon.
 Qui sera alors crucifié ?
 Le roman souleva à l’époque une tempête, jugé blasphématoire par beaucoup de croyants.
 Le cocktail explosif entre homosexualité et christianisme a aussi donné le très déjante En direct du Golgotha, où Gore Vidal, sur fonds de cyberpunk, rappelle l'homosexualité de Saint Paul et nous invente un Saint Jacques particulièrement… original !
 Pour en revenir à Moorcock, il faut signaler qu'il fera réapparaître son héros Glogauer dans une suite d’aventures temporelles rocambolesques, La défonce Glogauer, où il rencontrera d’ailleurs Jerry Cornelius, le James Bond bisexuel, en passant par la guerre du Viêt-Nam, la Révolution russe et la Commune de Paris.
 Jerry Cornelius est en effet l'autre personnage non hétérosexuel de Moorcock. Evoluant dans une sorte d'univers parallèle baroque et dystopique qui pourrait être notre futur, ce bisexuel va tenter de briser les conventions rigides qui réglementent ce monde effrayant.
 Du coté des dystopies grinçantes sur fonds homosexuel, on peut aussi citer un roman remarquable de l'auteur d'Orange mécanique, Anthony Burgess : La folle semence. Pour lutter contre la surpopulation, ministère de l'infertilité fait une propagande forcenée en faveur de l'homosexualité. Mais cela ne suffit pas, il va donc falloir se résoudre à la guerre, à moins que…
 Mais Moorcock n'eut pas le monopole de l'homosexualité dans la new wave.
 

 

Le très prolifique Silverberg l'évoquera dans Les monades urbaines.
Ce roman met en scène une humanité future (en l'an 2381) qui naît,  vit et meurt dans de gigantesques tours de 1.000 étages. La liberté sexuelle y est totale, il ne viendrait à l'idée de personne de refuser un rapport sexuel à qui que ce soit, homme ou femme. L'homosexualité y est juste évoquée mais ne constitue pas la toile de fonds de ce roman, qui n'en demeure pas moins un chef-d'œuvre à coté duquel il serait dommage de passer.

Ballard décrit aussi une relation homosexuelle dans son roman Crash. Axé sur l'exploitation érotique des accidents de voiture et des diverses mutilations corporelles qui en résultent, l'homosexualité y apparaît presque comme une bouée de sauvetage, une oasis de normalité dans un monde fétichiste où la sexualité célèbre les noces d'Eros et de Thanatos.


 

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© Olivier - 2004